Si mille oeillets, si mille lis j'embrasse
Pierre de Ronsard
Le premier livre des Amours — 1552
Si mille oeillets, si mille lis j'embrasse,
Entortillant mes bras tout à l'entour,
Plus fort qu'un cep, qui d'un amoureux tour
La branche aimée, en mille plis enlace :
Si le souci ne jaunit plus ma face,
Si le plaisir fait en moi son le jour,
Si j'aime mieux les Ombres que le jour,
Songe divin, ce bien vient de ta grace.
Suivant ton vol je volerais aux cieux :
Mais son portrait qui me trompe les yeux,
Fraude toujours ma joie entre-rompue.
Puis tu me fuis au milieu de mon bien,
Comme un éclair qui se finit en rien,
Ou comme au vent s'évanouit la nue.