Les Saintes Colères (III)

Louisa Siefert

Les Saintes Colères — 1871

Vivat et Te Deum ! c’est le couronnement De cet admirable édifice. Le rapt a commencé, puis vient l’égorgement : — « Il faut qu’on en finisse ? » L’esclave, après vingt ans, s’éveillait et vivait ; Pensive, elle disait : — « Je souffre ! » Pour en avoir raison, cette fois on devait La jeter dans le gouffre. Avec un peu de gloire on tenait le moyen, (Gloire ou gloriole, n’importe !) Et l’on se promettait de l’en griser si bien, Qu’elle en fût ivre-morte. Alors en la berçant de sonores discours, Comme cette folle en écoute, On la lierait de nœuds souples, fermes et courts, Qui la livreraient toute. On l’enterrerait vive, et pendant qu’elle dort On rebâtirait sur sa tombe L’édifice ébranlé par le dernier effort Auquel elle succombe. — Mais le pied du bandit a glissé ; mais sa main Tâtonne ; mais sa voix s’enroue ; Mais devant lui le sang qui remplit le chemin En a fait de la boue. Mais derrière lui, sombre et fatal, son passé Le repousse dans cette lutte, Et son dernier exploit tant de fois annoncé, Précipite sa chute. Et la France regarde avec un œil d’effroi Ce charnier aux terreurs funèbres, Donc il voulait lui faire à jamais sous sa loi Un lit dans les ténèbres. — Oh ! n’est-ce pas qu’enfin tu te rebelleras, Fière, superbe et si meurtrie, Et qu’à la liberté tu vas rouvrir tes bras, Ô ma mère, ô Patrie !