On voyait aux clartés du soir mystérieux
Victor Hugo
Océan vers — 1942
On voyait aux clartés du soir mystérieux
Des spectres de rochers, d’effrayants groupes d’îles
Allongeant leurs cous noirs comme des crocodiles
Qui viennent boire à l’heure où l’horizon brunit ;
Les récifs, les brisants, ces monstres de granit
Qui guettent dans la mer sans changer d’attitude.
Sur la terre, immobile et calme solitude,
La bête fauve court, sur la mer elle attend.
Le flot, complice, quête et cherche, et, haletant,
Jette aux rochers leur proie ou palpitante ou morte ;
La vague est leur servante, et l’écueil dit : apporte.
Et nous songions devant ces mornes visions.