Les Arbres de la Côte

Émilie Arnal

La Maison de granit — 1910

Pour avoir trop subi la puissante caresse Du rude vent de mer qui les tord et les blesse, Les arbres de la côte ont penché vers le nord Leur corps noueux, ployé par ce baiser qui mord. Ils paraissent fléchir sous la trop lourde ivresse De l’étreinte d’amour qui les prend, et les laisse Dépouillés et meurtris ; mais, après cet effort, La sève afflue au cœur du tronc robuste et fort. Maintenant, inclinés sur le bord de la route, À l’heure où vient la nuit que tout être redoute, Ils semblent compatir aux fatigues, aux pleurs… Et le passant lassé qui, dans l’ombre, chemine, Les regardant ainsi, calmes et beaux, devine Qu’ils savent le secret des fécondes douleurs.