Prologue. — Ce chant me racontait mon rêve

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Ce chant me racontait mon rêve intérieur… Un brusque déliement de nattes bien nouées, Un éploiement joyeux d’ailes inavouées, Tel fut pour moi ce rythme, et vers l’Azur rieur C’était, là-bas, aux lointains bleus des avenues Parmi l’herbe fleurie et la forêt d’Avril Mon âme même qui disait son puéril Poème par ce jeu de lèvres inconnues. Je restai si longtemps muet, à bien ouïr Ce doux son labial dit pour s’évanouir, Que je n’ai pu baiser tes lèvres, ô Joueuse, Dont j’ai trouvé vibrante de ton souffle encor La flûte de roseau délicate et noueuse Parmi l’herbe où volaient de grands papillons d’or.