MON CŒUR
Léocadie Hersent-Penquer
0 mon cœur! ô mon cœur ! pauvre cœur qui se froisse,
Tais-toi! reste muet! cache bien ton angoisse
Et tes secrets, hélas !
Si tu te révélais, toi si fier et si tendre !
Chacun rirait de toi. Ne pouvant te comprendre,
On ne te croirait pas !
0 mon cœur, reste seul à jamais ! reste vide !
Les biens que tu cherchais, et dont tu fus avide,
N'y crois plus, ô mon cœur !
Dieu les fit pour ton rêve et non pas pour la terre :
S'ils existaient, la coupe où je me désaltère
Aurait plus de douceur !
S'ils existaient, au lieu d'oppresser ma poitrine,
Toi, que mon Créateur fit d'essence divine,
Oh ! tu t'épancherais,
M'entourant de parfums, me jetant dans l'extase !
Ou, comme une liqueur, qui fermente en un vase
Trop plein, tu jaillirais !
Tu jaillirais de moi, torrent de lave ardente ;
Ou goutte de rosée aux fleurs de mai pendante;
Ou flot limpide et pur ;
Fécondant sur mes pas l'amour et la lumière,
Ainsi que le soleil féconde en la poussière
Des fleurs d'or et d'azur !
Mais ils n'existent pas ces biens : ce sont des songes.
J'en suis sûre à présent, oui, ce sont des mensonges
Ou des illusions !
Des leurres pour charmer nos folles espérances,
Ou pour calmer en nous nos plus vives souffrances
Tant que nous y croyons !
0 mon cœur ! ô mon cœur ! pauvre cœur qui se brise,
Comme ce fruit frappé, par une froide brise,
Qui tombe des talus
Et va rouler au fond d'une ornière profonde :
-Fruit savoureux que Dieu nous donne et qu'il féconde
Pour nourrir ses élus ! —
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Comme à ce fruit meurtri qui perdra dans la fange
Saséve et son parfum; qu'un vil insecte mange
Ou salit en passant,
Les orages t'ont fait une large blessure ;
Si large que mon œil éperdu la mesure,
Toujours, en frémissant!
0 mon cœur! ô mon cœur! Dieu s'est trompé, peut-être,
Quand il t'a mis en moi ; quand il t'a dit de naître,
D'être fort pour souffrir :
Dieu m'a faite de chair et de sang; toi, de flamme :
Tu devais dévorer en moi la vie et l'âme
Ou t'éteindre et mourir !
Mon cœur, tu t'es éteint. - Moi, je souffre ! je souffre !
Tout fait rumeur en moi, comme au fond de ce gouffre
Où gronde un noir torrent.
Mon cœur, tu vas mourir.-Moi, je pleure! je pleure !
Quand l'aile de la mort, qui m'épargne, t'effleure,
0 pauvre cœur mourant !