Le Passager

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Laisse la porte ouverte à tous, qu’un autre tente De rallumer à l’âtre où le feu s’est éteint La broussaille épineuse et la pomme de pin ; Leur cendre fut jadis une flamme vivante. Tu as passé le seuil que fuit ta vie errante ; Ne te retourne pas vers le passé ; ta main, De ta lampe penchée, éclairerait en vain L’obscur sommeil qui clôt sa face sans attente. Les larmes de l’amour ont pleuré l’heure morte ; Emporte seulement sous ton manteau, emporte Le grand coq familier qui réveillait vos yeux ; Respire. L’air salin a gonflé ta poitrine ! Et son chant saluera demain sous d’autres cieux La matinale mer et l’aurore marine.