Ballade XXIII bis

Charles d’Orléans

Ballades

Combien que j’ai leu en ung dit : Inimicum putes y a Qui te presentem laudabit, Touttesfoiz, non obstant cela, Oncques vrai homme ne cela En son courage aucun grant bien, Qui ne le monstrast çà et là ; On doit dire du bien le bien. Saint Jehan Baptiste ainsi le fit, Quant l’aignel de Dieu descela ; En ce faisant pas ne meffist ; Dont sa voix ès tourbes vola, Dequoy saint André Dieu loua, Qui de lui si ne sçavoit rien, Et au filz de Dieu s’aloua ; On doit dire du bien le bien. Envoyée de Jhesucrist, Rappelez sà jus par deçà Les povres que rigueur proscript, Et que fortune betourna ; Cy sais bien comment y m’en va, De Dieu, de vous, vie je tien, Benoist celle qui vous porta ; On doit dire du bien le bien. Cy, devant Dieu, fais congnoissance Que créature feusse morte, Ne fut votre douce naissance. En charité puissant et forte Qui ressuscite et reconforte Ce que mort avait prins pour sien ; Votre presence me conforte, On doit dire du bien le bien. Cy vous rends toute obéissance, Ad ce faire, raison m’exorte, De toute ma pauvre puissance ; Plus n’est deul qui me desconforte, N’autre ennui de quelconque sorte ; Votre je suis et non plus mien, Ad ce droit et devoir m’enhorte, On doit dire du bien le bien. Ô grace et pitié tresimmense, L’entrée de paix et la porte, Some et bénigne clemence, Qui nos faultes toult et supporte, Cy de vous louer me deporte, Ingrat suis, et je le maintien, Dont en ce refrain me transporte On doit dire du bien le bien. Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien ; À vous et à vous m’en rapporte, On doit dire du bien le bien.