Ballade XVII (En ce joyeux temps du jour d’uy)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

En ce joyeux temps du jour d’uy Que le mois de may ce commance, Et que l’en doit laissier Ennui, Pour prandre Joyeuse Plaisance, Je me treuve, sans recouvrance, Loingtain de Joie conquester ; De Tristesse si bien renté Que j’ai, je m’en puis bien vanter, Le rebours de ma volonté. Las ! Amours, je ne vois nulluy Qui n’ait aucune souffisance, Fors que moi seul qui suis celluy Qui est le plus dolent de France. J’ai failly à mon espérance ; Car quant à vous me voulz donner Pour être votre sermenté, Jamais ne cuidoye trouver Le rebours de ma volonté. Au fort, puis qu’en ce point je suis, Je porteray ma grant penance, Ayant vers Loyauté refuy Où j’ai mis toute ma fiance. Ne Dangier qui ainsi m’avance, Quelque mal que doive porter, Combien que trop m’a tourmenté, Ne pourra jà en moi bouter Le rebours de ma volonté. D’aucun réconfort accointer Plusieurs foys m’en suis dementé ; Mais j’ai toujours, au par aller, Le rebours de ma volonté.