lES VOIES DE DIEu
Léocadie Hersent-Penquer
Seigneur, toi dont la main renferme tant de choses :
Les airs, les eaux, les fruits, les oiseaux et les roses,
Les blés, les diamants,
Les perles, les coraux, les veines aurifères,
Et les peuples divers, et des milliers de sphères,
Et tant de firmaments !
Toi, dont le cœur contient tant d'amour pour tes frères;
Pour tous les malheureux, pour tous les téméraires;
Pour le faible et le fort;
Pour celui qui chancelle et pour celui qui lutte;
Toi, dont le bras conduit la victoire et la chute,
Et la vie, et la mort !
Seigneur, ô toi ! qui dis : « Pécheur, je te pardonne ! »
Toi, qui dis aux élus : « Le ciel, je vous le donne ! »
Toi, qui dis à la fleur :
«Sois belle ! »au papillon : «Aime ! » au zéphyr : «Caresse ! »
Pourquoi, puisque tu fis et la joie et l'ivresse,
As-tu fait la douleur?
- -« Pourquoi !—Fils orgueilleux je veux bien te le dire :
« J'ai deux voix. L'une absout; l'autre doit te maudire,
« 0 méchant ! — J'ai deux mains :
« L'une sème les fleurs; l'autre sème l'ivraie.
« Deux ailes : l'une plane au ciel; l'autre balaie
« La fange des chemins!
« Fils ingrat, j'ai deux cœurs : l'un d'eux, celui qui t'aime,
« Contient le lait, le miel et la séve, en lui-même ;
« Il console et bénit.
« L'autre contient la foudre : il éclate, il foudroie;
« Il éteint dans les pleurs et le rire et la joie :
« Il se venge et punit ! »
UN CONSEIL
A ANNA
Chante pour toi, pour moi qui t'aime et qui f écoute.
Chante pour égayer nos soirs silencieux.
Chante, comme l'oiseau qui traverse la route
Et qui fuit l'oiseleur pour s'élever aux cieux.
Le monde est l'oiseleur que pour toi je redoute :
Sa voix est un poison souvent pernicieux.
Ton chant plaît. On le dit; et pourtant on ajoute.
Des riens !. mais ces riens-là font croire aux envieux !
Reste dans l'ombre et cache, aux regards de la foule,
Ton esprit, tes talents que j'ai formés pour moi.
Vois le ruisseau qui charme et le torrent qui roule !
L'un inspire l'amour; l'autre inspire l'effroi :
Le ruisseau fait germer la fleur de la prairie;
Mais le torrent la brise et l'a bientôt flétrie !