Hausse la coupe d’or

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Hausse la coupe d’or comme brandit un glaive Le bras guerrier vêtu d’hermines et de fer Et parmi le soir mystérieux et désert Offre au vent la cendre de ce qui fut ton rêve. La brise en confondra la poussière à la grève Car l’âme est cinéraire à l’égal de la chair Et mêle à l’amertume immense de la Mer Cette amertume où tout se résout et s’achève ; Et dans la coupe ainsi sacrée et vide enfin Verse le flot pourpré de quelque antique vin Plus savoureux d’avoir mûri auprès des tombes, Un hydromel d’un or ruisselant et vermeil Qui rie en file de pierreries au soleil Où viendront boire, en vols éperdus, les colombes !