Le Banc

Louisa Siefert

Rayons perdus — 1869

Lorsque je vais m’asseoir à mon banc favori, Qu’il est tard, qu’il fait doux, que selon l’habitude Mon petit chien me garde avec sollicitude, Tous les songes aimés dont mon cœur s’est nourri Reviennent à la fois peupler ma solitude. C’est comme un bruit lointain de rires & de chants Qui vibre encor dans ma mémoire trop fidèle ; C’est comme un vol d’oiseaux, traversant d’un coup d’aile Les plaines, les cités, les lacs, les monts, les champs, Et gazouillant : « Allons nous reposer près d’elle ! » Ainsi fait le vieillard, l’hiver, au coin du feu, Quand il écoute en lui son passé, quand, morose Il se souvient qu’il fut un enfant blond & rose. Pour moi, le printemps a des fleurs, le ciel est bleu, L’heure charmante, & c’est pourtant la même chose.