Amour angélique

Théodore de Banville

Les Cariatides — 1842

L'ange aimé qu'ici-bas je révère et je prie Est une enfant voilée avec ses longs cheveux, À qui le ciel, pour qu'elle nous sourie, À donné le regard de la vierge Marie. Âme que l'azur expatrie Pour qu'elle recueille nos vœux, Jeune âme limpide et fleurie Comme les fleurs de la prairie Aux calices roses ou bleus ! Comme l'autre Éloa, c'est la sœur des archanges, Qui pour nous faire vivre aux mystiques amours, A quitté les blondes phalanges Et souille ses pieds blancs à parcourir nos fanges. Aussi nos ferveurs sont étranges : Ce sont des rêves sans détours, Ce sont des plaisirs sans mélanges, Des extases et des échanges Qui dureront plus que les jours ! C'est un chemin frayé plein d'une douce joie, Un vase de parfums, une coupe de miel, Un météore qui flamboie Comme un beau chérubin dans sa robe de soie. Il ne craint pas que Dieu le voie : C'est un amour pur et sans fiel Où toute notre âme se noie Et dont l'aile ne se déploie Que pour s'élancer vers le ciel !