ADIEUX A LA JEUNESSE

Léocadie Hersent-Penquer

Aujourd'hui j'accomplis ma trente-sixième année. LORTI BYRON. Vous fuyez, ailes d'or, jeunesse, brises folles! Arc-en-ciel lumineux aux brillantes couleurs ! Doux parfums, doux concerts, doux jeux, douces paroles, Vous fuyez loin de moi sans écouter mes pleurs ! Sans entendre ma voix qui vous rappelle encore; Sans voir mes bras tendus vers vous, vous me quittez ! Vous fuyez vers l'azur, vous fuyez vers l'aurore, Et moi je reste seule, ingrats, si vous partez ! Si vous partez, les fleurs qui couronnent ma tête Vont se flétrir bientôt sur mon front dévasté, Et dans ce doux miroir, où mon œil se reflète, Plus d'image charmante, alors plus de beauté ! Plus de cheveux d'ébène assemblés avec joie Et déroulés le soir par des doigts empressés ! Plus de regards de feu sous de longs cils de soie, D'incarnat sur ma joue ! — Hélas ! plus de succès ! Si vous partez, ingrats, plus de main dans la mienne; Plus de rêves riants, de projets faits à deux; Plus rien qui me sourie, ou m'aime, ou m'appartienne!. Plus d'esclave à mes pieds ! plus d'amour dans ses yeux! Ingrats, si vous partez, ma vie est terminée : Car vivre, est-ce marcher dans des sentiers déserts ? Se souvenir, hélas ! et dire, chaque année : Encore un an de plus rayé de mes hivers ? LA FIANCÉE A MADAME *** Anne, ce soir, au bal, était bien belle. Son front si pur jamais ne fut si beau, Et son regard, brillant dans sa prunelle, Était plus vif que le feu d'un flambeau. Sa robe blanche ondulait autour d'elle Ainsi qu'un flot d'écume au bord de l'eau Et sa ceinture ondoyait comme une aile De séraphin, de sylphide ou d'oiseau. Elle ne fut jamais aussi splendide. — Qui donc a fait rougir ce front candide Et cette joue oii j'ai vu la pâleur? Qui donc a mis dans ces yeux tant de flamme? Est-ce le bal?—Non!—C'est un dieu, madame : L'Amour a mis la séve dans la fleur?