Oui, le Génie a ses athées

Victor Hugo

Toute la lyre

Oui, le Génie a ses athées. Devant l’envie à l’œil hagard Les grandes âmes insultées Baissent leur pudique regard. L’envieux s’accouple à l’impie, L’âme bassement accroupie, Tous deux se tiennent par la main, Mentant, et de leur lèvre impure Niant Dieu, l’un dans la nature, L’autre dans le génie humain ! Mais la justice sort des choses ; Ils souffrent, ils sont malheureux ; Ils cachent sous leurs fronts moroses Un ennui louche et ténébreux. L’éternelle équité qui juge Quiconque a l’ombre pour refuge, L’erreur pour but, le mal pour vœu, Condamne à la tristesse noire Ceux qui font douter de la gloire Et ceux qui font douter de Dieu.