Autrefois, dans les temps de la lumière pure

Victor Hugo

Toute la lyre

Autrefois, dans les temps de la lumière pure, L’antique poésie à l’antique nature Parlait ; le vers ailé, fier, sublime, ingénu, Était comme un oiseau, des autres reconnu, Auquel l’aigle disait : c’est toi ! dans les nuées ; Les cimes des forêts gravement remuées, Les antres, les rochers, les lys, les flots marins Dialoguaient avec Orphée aux yeux sereins ; Les choses comprenaient le chant profond des hommes ; La tige offrait ses fleurs, la branche offrait ses pommes, Au doux mage Linus par la muse enivré ; Quand Homère chantait, le mendiant sacré, Le dieu Terme attendri se tournait sur les bornes ; Et la chèvre, l’agneau, le bœuf aux larges cornes, La vache au pis gonflé broutant les verts gazons, Rêveurs, levaient la tête au-dessus des buissons, Et, les yeux éblouis d’une lueur divine, Venaient pour regarder passer dans la ravine, Plein de rires, de chants, de masques et d’épis, Le vieux chariot fou que promenait Thespis.