Le portrait

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Bien-aimé visage jauni Par le temps ! — À lourdes gouttes, s’égouttant Sur mon ennui — Tant d’années déjà passées Sur ce deuil inapaisé ! La main fidèle de l’artiste A fixé dans ce cadre étroit Un peu de ton charme triste Et, vivante, je te revois. Avec la douceur calme de ta présence Et le sortilège de ta voix et sa toute-puissance Pour endormir les peines puériles Par où la vie commence. Il me semble, ô chère Apparue ! Que l’or de ce cadre est la fenêtre ouverte Sur le pays béni, habité Par les Ombres saintes, Et que tu t’arrêtes là, émue, Vers ton enfant attirée Par la pitié.