Sur la grève

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Couche-toi sur la grève et prends en tes deux mains, Pour le laisser couler ensuite, grain par grain, De ce beau sable blond que le soleil fait d’or ; Puis, avant de fermer les yeux, contemple encor La mer harmonieuse et le ciel transparent, Et, quand tu sentiras, peu à peu, doucement, Que rien ne pèse plus à tes mains plus légères, Avant que de nouveau tu rouvres tes paupières, Songe que notre vie à nous emprunte et mêle Son sable fugitif à la grève éternelle.