Pourquoi, mon Dieu, quand je te prie

Amélie Gex

Poésies — 1879

Pourquoi, mon Dieu, quand je te prie, Me laisses-tu Seul et chétif, l’âme assombrie, Des vents battu, Marcher toujours dans cette route Où chaque pas, Malgré tous les pleurs qu’il nous coûte, Mène au trépas ? Tu donnes aux fleurs la rosée, L’air à l’oiseau, Et l’homme, hélas ! tige brisée, Frêle roseau, N’a que la mort pour espérance ! Jusqu’au cercueil Il va dans l’ombre et l’ignorance Traînant son deuil… Pourquoi laisser ta créature Trembler d’effroi ? Le doute est-il une torture Digne de Toi ?… Partout, partout sur cette terre Je t’ai cherché ! Ton temple a vu sur chaque pierre Mon front penché… Partout, en vain je te réclame, Seigneur, mon Dieu ! J’entre parfois, l’espoir dans l’âme, En ton saint lieu… Près d’un berceau, souvent je tombe À deux genoux, Et je dis aux morts dans la tombe : « Le voyez-vous ? » Hélas ! nulle parole humaine Ne me répond, Et ma voix monte, toujours vaine, Au Ciel profond ! Pourtant, mon Dieu, je te désire, Comme le jour Du soleil attend le sourire Et le retour. Sans te voir, de Toi je m’enivre ! Mon triste cœur En lui, toujours sent battre et vivre L’amour vainqueur ! Je dis à la cloche qui tinte, Je dis au vent : « Portez, portez ma faible plainte « Au Dieu vivant ! » Au parfum qui monte en la nue, Soupir des fleurs, Je dis : « Sur sa voie inconnue « Porte mes pleurs ! » La nuit me voit, sous ses longs voiles Sondant l’éther, Chercher au-delà des étoiles Ton regard clair. Quand tu prodigues ta lumière À l’astre d’or, Pourquoi faut-il que ma paupière Te cherche encor ?… Et quand à l’oiseau tu révèles Ton doux appui, Pourquoi, Seigneur, n’ai-je pas d’ailes Tout comme lui ?…