La chapelle sonnait encore. Et chaque coup

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

La chapelle sonnait encore. Et chaque coup de cloche, comme un martinet dans le beau temps, s’élançait du battant, demeurait un instant suspendue, décrivait un cercle lent et doux et revenait percher sa note sur son nid qu’ourlait un bleu céleste un peu mêlé de gris. C’était l’enterrement d’une vieille paysanne, de celles qui ont mené l’existence d’esclave. On posa le cercueil sous le porche, un moment, où des pigeons vinrent familièrement, comme s’ils eussent cru que la morte sereine allât se réveiller pour leur jeter des graines. Le poète, assistant à la messe, sentait l’illumination de Dieu dissiper l’ombre balayée par le vol de ces saintes colombes. Ici, le chant funèbre après soi ne laissait qu’un grand silence ardent où l’âme s’élevait dans une calme joie de tâche terminée faite du hosanna du déclin des journées. Et lorsque le cercueil dans le clair cimetière eut été recouvert, par les paysans, de terre, ceux-ci, marquant la fin de l’œuvre solennelle, formèrent sur la fosse un faisceau de leurs pelles.