Septembre

Émile Verhaeren

Almanach — 1895

Sous les plafonds que sur la terre minuit ajuste avec des crampons d’or, tu voyages, par le soir mort, œil morne et sans paupières. Œil pour le pôle et le désert où la chaleur ressemble au gel, où le silence comme un scel ferme les lèvres de la mer. Œil projeté de haut en bas sur les peuplades taciturnes, qui bâtirent leurs sphinx nocturnes avec les blocs que tu fixas. Œil qui casses ta clarté ronde comme un cristal contre les dalles, que font les vagues colossales sur des plages, au bout du monde. Œil d’immémorial ennui, éclatant et livide, que le temps sculpte au front du vide dans le visage de la nuit. Œil si vieux que la terre oublie, monotone, depuis quel jour, monotone, tu fais le tour de sa mélancolie. Œil chauve et que l’on sait béant parmi les ombres claires, lorsque, l’hiver, tu les éclaires avec ta mort et ton néant. Œil hostile des firmaments qui travailles, sans nulle peur, à la folie et la terreur des poètes et des amants.