Le Milan et le Rossignol

Jean de La Fontaine

Fables — 1679

Apres que le Milan, manifeste voleur, Eût répandu l’alarme en tout le voisinage, Et fait crier sur luy les enfans du village, Un Rossignol tomba dans ses mains, par malheur. Le heraut du Printemps luy demande la vie : Aussi bien que manger en qui n’a que le son ? Écoûtez plûtost ma chanson ; Je vous raconteray Terée et son envie. Qui, Terée ? est-ce un mets propre pour les Milans ? Non pas, c’étoit un Roy dont les feux violens Me firent ressentir leur ardeur criminelle : Je m’en vais vous en dire une chanson si belle Qu’elle vous ravira : mon chant plaist à chacun. Le Milan alors luy replique : Vraiment, nous voicy bien, lors que je suis à jeun, Tu me viens parler de musique. J’en parle bien aux Rois. Quand un Roy te prendra, Tu peux luy conter ces merveilles : Pour un Milan, il s’en rira : Ventre affamé n’a point d’oreilles.