J’avais marché longtemps

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

J’avais marché longtemps et dans la nuit venue Je sentais défaillir mes rêves du matin. Ne m’as-tu pas mené vers le Palais lointain Dont l’enchantement dort au fond de l’avenue, Sous la lune qui veille unique et singulière Sur l’assoupissement des jardins d’autrefois Où se dressent, avec des clochettes aux toits, Dans les massifs fleuris, pagodes et volière : Les beaux oiseaux pourprés dorment sur leurs perchoirs, Les poissons d’or font ombre au fond des réservoirs, Et les jets d’eau baissés expirent en murmures, Ton pas est un frisson de robe sur les mousses, Et tu m’as pris les mains entre tes deux mains douces Qui savent le secret des secrètes serrures.