Ballade XXIV (En regardant vers le pays de France)

Charles d’Orléans

Ballades

En regardant vers le pays de France, Ung jour m’avint, à Dovre sur la mer, Qu’il me souvint de la douce plaisance Que souloie oudit pays trouver ; Si commençay de cueur à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit De veoir France que mon cueur amer doit. Je m’avisay que c’était non savance De tels soupirs dedans mon cueur garder, Vu que je vois que la voie commence De bonne paix, qui tous biens peut donner ; Pource, tournay en confort mon penser, Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit De veoir France que mon cueur amer doit. Alors chargay en la nef d’Espérance Tous mes souhays en leur priant d’aller Oultre la mer, sans faire demourance, Et à France de me recommander. Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder, Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit, De veoir France que mon cueur amer doit. Paix est trésor qu’on ne peut trop loer, Je hé guerre, point ne la dois prisier, Destourbé m’a long temps, soit tort ou droit. De veoir France que mon cueur amer doit.