Angoisse

Cécile Sauvage

Tandis que la terre tourne — 1910

Lorsqu’une angoisse amère, au soir, étreint mon cœur, Je m’enfuis suffoquant à travers le silence Des champs, et, s’aveuglant, mon œil gros de démence Regarde dans sa tige étouffer chaque fleur. L’arbre, cherchant de l’air, du tronc crispé s’élance ; En son étroit bassin la source halète et meurt ; L’ombre, dans les recoins, bâillonne la lueur ; Sous la glèbe enfouie avorte la semence. Mon sein pour respirer doit soulever un mur ; La lune, en haut, blêmit dans son carcan d’azur ; En surgissant le vent s’étrangle sous la porte ; La nuit jette au soleil son ténébreux lasso, Le ciel serre le monde en son énorme étau, Et le sol est glacé comme de la peau morte.