Pour un seul bien plus de cinq cents doulours

Christine de Pizan

Cent Ballades

Amours, amours, certes tu fis pechié De moi lier en tes périlleux las, Ou mon cuer est si durement fichié, Que moult souvent me convient dire hélas ! Et voirement dit l’en voir Que tu ne scés nullui si chier avoir, Qu’il n’ait, souvent advient, de ses amours Pour un seul bien plus de cinq cents doulours. Au commencer m’as le cuer aluchié, Par moi donner assés de tes soulas ; Mais quant tu l’as fermement atachié, Adonc de ses plaisirs despouillié l’as ; Car, sans lui faire assavoir, Trestout le bien qu’il souloit recevoir Lui as osté, et lui rends tous les jours Pour un seul bien plus de cinq cents doulours. Et se celui, par qui en dur point chié, Ne vient briefment, mal oncques m’affulas De tes dangiers par qui du tout dechié De joie avoir, et s’il est d’amer las Trop me conviendra douloir ; Car plus que riens le désir a veoir, Et, s’il ne vient, j’aurai pour mes labours Pour un seul bien plus de cinq cents doulours.