Ballade XXIX
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Je ne crains Dangier ne les siens.
Car j’ai garny la forteresse
Où mon cueur a retrait ses biens,
De Réconfort et de Liesse ;
Et ai fait Loyauté maîtresse,
Qui la place bien gardera.
Dangier deffy et sa rudesse,
Car le Dieu d’Amours m’aydera.
Raison est et sera des miens
Car ainsi m’en a fait promesse,
Et Espoir mon chier ami tiens,
Qui a maintesfois par proesse,
Bouté hors d’avec moi Destresse ;
Dont Dangier, deuil et dépit a.
Mais ne me chaud de sa tristesse,
Car le Dieu d’Amours m’aidera.
Pource, requerir je vous viens,
Mon cueur, que prenez hardiesse ;
Courez lui sus, sans craindre riens,
À Dangier qui souvent vous blesse.
Si tôt que vous prandrez l’adresse
De l’assaillir, il se rendra ;
Je vous secourray sans peresse,
Car le Dieu d’Amours m’aidera
Se vous m’aidiez, gente Princesse,
Je crois que brief le temps vendra
Que j’aurai des biens à largesse,
Car le Dieu d’Amours m’aydera.