L’enfant est très petit et l’aïeul est très vieux

Victor Hugo

Toute la lyre

L’enfant est très petit et l’aïeul est très vieux. L’insulteur ne craint rien. Comme un ciel pluvieux Verse l’ondée aux bois que l’orage secoue, Cette main de vieillard a sur plus d’une joue Autrefois élargi les sonores soufflets. Mais à présent les longs exils, le ciel anglais, Et soixante-treize ans ont refroidi cet homme ; Calme, il dédaigne. À peine il sait comment se nomme L’insulteur, pour avoir, lorsque juillet brilla Jadis aidé quelqu’un qui portait ce nom-là. Rien de plus. Et qu’importe un jeune drôle immonde ? Qu’est-ce que cela fait qu’un laquais soit au monde ? Qu’est-ce qu’un jappement de plus dans le chenil ? Qu’importe au sphinx rêveur dans les roseaux du Nil Le glissement sinistre et vague d’un reptile ? Les gueux peuvent sans peur faire aboyer leur style. Voir passer un vieillard que le deuil accabla, La bravoure du lâche est faite de cela. Nul damer. Le gredin est à son aise infâme ; Il se répète, afin d’encourager son âme Où beaucoup de prudence à l’audace aboutit, Que l’aïeul est bien vieux et l’enfant bien petit.