Au site d’eau qui chante

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Au site d’eau qui chante et d’ombrages virides La meute déroutée a tu ses longs abois, Et les chasseurs dans un bruit de cors et de voix Sont partis sur la piste fausse à toutes brides ; L’étang où n’ont pas bu les chiens n’a pas de rides ; Aucun pied n’a foulé l’orgueil des roseaux droits, Nul trait aux troncs meurtris des grands arbres du bois N’enfonce un mémento vibrant d’éphémérides ; Et le Cerf qui s’en vient, le soir, apprivoisé, Quand, sur ma flûte puérile où j’ai croisé Les doigts, je joue un air coupé de lentes pauses, À genoux m’offrira ses andouillers noueux Où je suspends le poids d’un message de roses Pour Celle aux doux vouloirs que nous servons tous deux.