L’église habillée de feuilles/Les prières s’en vont au ciel comme des fleurs

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

4 Les prières s’en vont au ciel comme des fleurs on ne sait trop comment, les unes, luxueuses et lourdes de parfums comme des tubéreuses ; les autres pauvres, ternes et de peu d’odeur, ainsi que les pensées d’un parterre indigent. Le Poète les voit monter vers l’Indulgent, vers le Père qui seul pèse l’or et l’argent. Et c’est Lui qui évalue le prix de chaque fleur, qu’il voit venir à Lui. Et, seul, Il peut juger au dessus de nos sens, au dessus de nos haines, si l’humilité bleue d’un bouquet de verveines vaut autant, plus ou moins que l’œillet recherché. Car, soucieusement, tel qu’un très vieux marin dont la barbe a été battue par le tonnerre, sur les gouffres du ciel de nacre Dieu tend les mains à tous ceux qui, souffrants, lui offrent leurs misères au creux d’un diamant ou d’une primevère.