Ballade XXIII (Ô louée Concepcion)
Charles d’Orléans
Ballades
Ô louée Concepcion,
Envoyée sà, jus des cieulx,
Du noble Lis digne syon,
Don de Jhesus tresprecieulx,
Marie, nom tresgracieulx,
Fons de pitié, source de grace,
La joie, confort de mes yeulx,
Qui notre paix batist et brasse.
La paix, c’est assavoir des riches,
Des povres le substantament,
Le rebours des felons et chiches,
Tresnecessaire enfantement
Conceu, porté honnestement
Hors le pechié originel.
Que dire je puis sainctement
Souvrain bien de Dieu Éternel.
Nom recouvré, joie de peuple.
Confort des bons, de maux retraicte ;
Du doux Seigneur première et seule
Fille, de son clair sang extraicte,
Du dextre côté Clovis traicte ;
Glorieuse ymage en tout fais,
Ou haut ciel créé et pourtraicte
Pour esjouyr et donner paix.
En l’amour et crainte de Dieu,
Ès nobles flans Cesar conceue,
Des petits et grands, en tout lieu,
À tresgrande joie receue,
De l’amour Dieu traicte, tissue
Pour les discordez ralier,
Et aux enclos donner yssue,
Leurs lians et fers delier.
Aucunes gens qui bien peu sentent,
Nourriz en simplesse et confiz,
Contre le vouloir Dieu actentent,
Par ignorance desconfiz,
Desirans que feussiez ung filz,
Mais qu’ainsi soit, ainsi m’aist Dieux,
Je crois que ne soit grands proufiz,
Raison, Dieu fait tout pour le mieulx.
Du Psalmiste je prends les dictz.
Delectasti me, Domine,
In factura tua, je diz :
Noble enfant de bonne heure né,
À toute douceur destiné,
Manna du ciel, celeste don,
De tous biens fais le guerdonné,
Et de nos maux le vrai pardon.