Odelette VII

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

Je ne dirai de toi ni chanson Grave d’amour ou sourde de haine, Ni la bouche Chère à l’amour Et douce à la haine, Ni tes seins, ni le frisson De tes cheveux, ni la fontaine Où, bouche à bouche, Tu riais la douceur à toi-même, Ni ton nom À l’écho même. Les épines percent la haie, À la fleur survit la baie ; La terre croule Le long des talus de la route ; Il a plu sur l’étang et sur la roseraie… Le chemin passe entre deux haies, L’écho bégaie, Un agneau broute, Quelqu’un chante en tressant l’osier dans l’oseraie… Oui, c’est un peu l’automne, Déjà, Et rien de plus ; La terre lourde croule aux talus, Quelqu’un chantonne En travaillant dans l’oseraie… Le chemin passe entre deux haies… Il n’y a rien de plus que cela, Il n’y a rien d’autre que cela, Un jour passé et toi, le ciel, la terre, l’eau Et cette route qui va là, Et cette berge où je suis là Auprès de l’eau.