Les Petits Souliers

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

Tes petits souliers noirs grillés comme une cage Emprisonnent tes pieds plus vifs que des oiseaux, Laissant voir à travers leurs délicats réseaux Tes bas coloriés fleuris comme un langage. Ils ont le glissement du vent dans le bocage, La grâce tournoyeuse et grêle des fuseaux, L’air mutin de l’abeille aux pointes des roseaux Ou de la sauterelle au milieu d’un pacage. En vain, ils sont partout mes suiveurs familiers, Par l’aspect et le bruit de tes petits souliers J’ai toujours les yeux pris et l’oreille conquise ; Et quand les mauvais jours me séparent de toi, Ton souvenir les fait sonner derrière moi Et brode sur mon cœur leur silhouette exquise.