Le Bouquet noir

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Le nocturne jardin où le jour et l’été Ont mûri l’espalier et fleuri la guirlande Pour que le fruit trop lourd à la branche suspendue Le flexible poids d’or de sa maturité, Le nocturne jardin au soleil exalté S’apaise, fleur à fleur, et la rose appréhende Le crépuscule lent qui l’ouvre toute grande Jusques à se mourir de sa suavité. Tout le jour, de la chambre, à travers la persienne, Nous avons respiré l’odeur aérienne Du jardin tiède encor où nous irons, ce soir, Écouter les fruits mûrs dans le silence las Qui tombent, et cueillir, dans l’ombre, un bouquet noir À d’invisibles fleurs que nous ne verrons pas.