Chanson

Amélie Gex

Poésies — 1879

La savez-vous cette chanson Qui voltige autour du buisson Quand mai nous jette son sourire ?… Moi qui sous le saule mouvant, Ami, vais rêver bien souvent, Je la sais, mais ne puis la dire. Elle a de si tendres accents Qu’elle monte, comme un encens, À travers les feuilles du chêne ; Quand elle passe dans les houx, Elle a soupirs si lents, si doux, Qu’on croit ouïr une âme en peine… Elle plane au-dessus des eaux, S’en va tourmentant les roseaux, Pareille au frôlement d’une aile ; L’écho, d’un ton qui fait pitié, N’en dit jamais que la moitié, Grâce à sa mémoire infidèle… Mon cœur souvent la dit tout bas, Mais, comme écho, ne saurait pas, Ami, la dire tout entière, Car il faut pour la répéter Toutes les voix qui font chanter Les nids, les bois et la rivière.