Idylle

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Sur la route bordée de vertes haies Ou le chèvrefeuille chevrote, bercé Par le tiède vent d’été, Comme de vieux airs atténués ; Ils vont épris ; lui et elle — L’éternel lui et l’elle éternelle — qui pensent être premiers À tant s’aimer. C’est tout le ciel pour lui — ses yeux. C’est pour elle un cher paradis Que le bras fort de l’amoureux, Ou la main de l’aimée se blottit — Comme un frêle oiseau dans un nid. Tout le sang de leur cœur s’est fait vin de tendresse Et tous leurs rêves sont à deux ; Cependant viennent au devant d’eux — Sur la route bordée de vertes haies — Leurs inconjurables destinées Qui sont : — La Mort Et l’Oubli — cette pire des Morts.