Qui tant de maux et tant d’auuis nous fait !

Christine de Pizan

Cent Ballades

Que ferons nous de ce mary jaloux ? Je prie a Dieu qu’on le puist escorchier. Tant se prend il de près garde de nous Que ne pouons l’un de l’autre approchier. A male hart on le puist atachier, L’ort, vil, villain, de goutte contrefait ! Qui tant de maux et tant d’anuis nous fait ! Estranglé puist être son corps des loups, Qu’aussi ne sert il, mais que s’empeschier ! A quoi est bon ce vieillart plein de toux, Fors a tencier, rechigner et crachier ? Dyable le puist amer ne tenir chier, Je le hé trop, l’arné, vieil et deffait, Qui tant de maux et tant d’anuis nous fait ! Hé ! qu’il dessert bien qu’on le face coux Le baboïn qui ne fait que cerchier Par sa maison ! hé quel avoir ! secoux Un pou sa pel pour faire aller couchier, Ou les degrez lui faire, sans marchier, Tôt avaler au villain plein d’agait, Qui tant de maux et tant d’anuis nous fait !