Les deux Tristesses. Sonnet

Amélie Gex

Poésies — 1879

Avez-vous vu le soir, sur la falaise brune Où la vague brisée, en grondant, vient mourir, Dans le ciel orageux, tout d’un coup, s’entr’ouvrir L’œil blafard de la lune ? La mer, la triste mer, dans sa plainte importune, Comme un lion vaincu, semble geindre ou rugir, Pendant que l’astre pâle, en passant, fait blanchir Les sables de la dune… Ces sanglots, ce regard ont chacun leur secret : La mer est le forçat ; la lune est l’exilée ; Toutes deux subissant un sinistre décret !… Pour tout être, ici-bas, leur douleur est scellée ; C’est pourquoi, la maudite et l’âpre désolée N’échangent que la nuit leur éternel regret !