Stances spirituelles

François de Malherbe

Œuvres poétiques — 1630

Louez Dieu par toute la terre, Non pour la crainte du tonnerre Dont il menace les humains, Mais pource que sa gloire en merveilles abonde, Et que tant de beautés qui reluisent au monde Sont les ouvrages de ses mains. Sa providence libérale Est une source générale Toujours prête à nous arroser. L’Aurore et l’Occident s’abreuvent en sa course ; On y puise en Afrique, on y puise sous l’Ourse ; Et rien ne la peut épuiser. N’est-ce pas lui qui fait aux ondes Germer les semences fécondes D’un nombre infiny de poissons ; Qui peuple de troupeaux les bois et les montagnes, Donne aux prés la verdure, et couvre les campagnes De vendanges et de moissons ? Il est bien dur à sa justice De voir l’impudente malice Dont nous l’offensons chaque jour ; Mais, comme notre père, il excuse nos crimes ; Et même ses courroux, tant soient-ils légitimes, Sont des marques de son amour. Nos affections passageres, Tenant de nos humeurs légères, Se font vieilles en un moment ; Quelque nouveau désir comme un vent les emporte : La sienne, toujours ferme, et toujours d’une sorte, Se conserve éternellement.