Fin d’été

Cécile Sauvage

Tandis que la terre tourne — 1910

Adieu, plaisirs d’été, tintamarre des foins, Allègre mouvement des gaillardes feuillées, Mousses qui présentiez, verdâtres, dans les coins Un gluant de têtards et de terres mouillées. Adieu, fruits de soleil dodus de miel et d’eau. Duvetés à poils fins comme un corset d’abeilles ; Branches qui nous passiez l’azur sous vos réseaux Et qui pesiez au tronc comme autant de corbeilles. Adieu, ruisseaux nacrés environnés de joncs, Et dans le voluté des algues, frais espace Où les flots barbotaient et s’élevaient en bonds Pareils à des poissons prisonniers d’une nasse. Adieu, vol de cétoine oblique et lumineux Tombant sur les massifs comme un caillou d’aurore Non loin du mol herbage aplati par vos nœuds, Couleuvre en robe bleue aux dessous de phosphore. Adieu, miroitement assoupissant des lacs, Lorsque la terre brûle et que midi brasille, Lorsque l’épeire grasse ainsi qu’en un hamac Se berce sur l’air blond au creux de sa résille, Lorsque sur le chemin s’écrasent des rayons, Lorsque du soleil sue aux fentes des fenêtres Et que les nudités sans souci de sayons Étalent l’impudeur naïve des bien-êtres. Adieu, brocards de juin, fournaises de juillet, Floraisons de parfums, essors de bigarrures, Gommes qui découliez des abricots rouillés, Éclairs des cuivres roux poissés de confitures, Fécondité des mois, branches multi-tétons Ainsi qu’une statue antique d’Aphrodite, Lys corollés de soufre au bout de leurs bâtons, Volupté des rosiers dont le pollen s’effrite. Adieu, temps que la ronce emperruque les murs, Force adulte de joie élevant haut sa houle, Été cambré d’orgueil en sève sous l’azur Comme un mont fastueux où l’or du genêt croule.