Les moutons noirs

Guillaume Apollinaire

Poèmes à Lou — 1955

Les moutons noirs des nuits d’hiver S’amènent en longs troupeaux tristes Les étoiles parsèment l’air Comme des éclats d’améthystes Là-bas tu vois les projecteurs Jouer l’aurore boréale C’est une bataille de fleurs Où l’obus est une fleur mâle Les canons membres génitaux Engrossent l’amoureuse terre Le temps est aux instincts brutaux Pareille à l’amour est la guerre Écoute au loin les branle-bas Claquer le drapeau tricolore Au vent dans la nuit des combats Qui durent du soir à l’aurore Salut salut au régiment Qui va rejoindre les tranchées Dans le ciel pâle éperdument Sur lui la victoire est penchée Mon cœur embrasse les deux fronts Front de Toutou front de l’armée Ce qu’ils ont fait nous le ferons Au revoir ô ma bien-aimée