Bruges

Francis Jammes

Le Deuil des primevères — 1901

Bruges tu me rappelles les reliques que l’on me faisait, quand j’étais enfant, avec deux clairs morceaux de vitre et de frais pétales de roses dedans. Dans l’estaminet, de tristes jeunes gens fumaient, dès le matin, par ce Dimanche, où ils avaient, dans une chambre, fondé un club de lettres et de sciences. Et l’un disait : Voici uq livre rare, mais nous ne savons pas ce que c’est. L’autre disait : cette figure de femme dans le canal a été ramassée. On y vendait beaucoup de comestibles, des poissons qui nageaient morts dans l’oignon, et, sèches comme des fouets, des anguilles et aussi des espèces d’esturgeons. Les carillons sonnaient comme des verres qui tomberaient l’un après l’autre et, près du béguinage propre et sévère, il n’y avait que la mort noire et blanche de l’eau. Et je longeais les maisons, pareilles à des découpures très vertes, une à une à une, vertes comme des bateaux et des treilles.