La fleur du volcan

Amable Tastu

Poésies nouvelles — 1835

Humble et chétive fleur, par le sort condamnée, Sur le flanc d'un volcan pourquoi donc es-tu née ? Qu'as-tu fait à ce sort, dont l'injuste dédain Te refusa l'enclos d'un rustique jardin ? Au gré de sa faveur, ta grâce solitaire Eût fait même l'orgueil d'un somptueux parterre, Sous les yeux satisfaits d'opulents possesseurs, Qui te proclameraient belle parmi tes sœurs ! Hélas ! telle n'est point la part qui t'est restée ! Sur un sol frémissant, sans relâche agitée, Tu fleuris sans repos, tu souffres sans témoins ; Ceux qui t'auraient pu voir sont émus d'autres soins ; Qu'importe qu'à leurs pieds un doux parfum s'exhale Dans l'ombre et le secret de ta corolle pâle, Qui, longtemps exposée à tous les vents du ciel, Garde encore à l'abeille une goutte de miel ? Quand une ville, un peuple, un empire s'efface, Qui songerait à toi, qui chercherait ta trace, Pauvre fleur oubliée au sein des rocs déserts, Où tu subis longtemps l'inclémence des airs ?...