Tu volais donc mes bœufs

Victor Hugo

Toute la lyre

— Tu volais donc mes bœufs. — C’en est fait de ma peau. — Tu n’as pas de turban ? — Pas même de chapeau. — Prends celui-ci. — La mode en cette capitale Est-elle qu’on vous coiffe avant qu’on vous empale ? — Tes habits sont troués. — Monseigneur le sultan, C’est vrai. — Mets ce caftan. — Moi ! — Toi. Mets ce caftan. Esclaves, approchez. Choisis les trois plus belles. — Moi ! — Je choisis pour toi. Prends ces trois-là. — Lesquelles ? Ces trois astres ! J’ai peur. — Ces troupeaux sont à toi. — À moi ! — Prends ce collier, présent d’un ancien roi. — Qu’il est lourd ! un collier d’or massif ! Ça m’achève. Ah çà ! je n’y comprends rien du tout. C’est un rêve. À moi ton turban vert, à moi ton caftan bleu ! Et tu me mets au cou ce collier d’or ! Au lieu De me couper la tête ou de me faire pendre ! Tu me donnes, à moi qui voulais te les prendre, Tes troupeaux, et de plus trois femmes pour moi seul ! — N’as-tu donc pas été l’hôte de mon aïeul ?