L’Orage (parmi les pommes d’or que frôle un vent léger)

Émile Verhaeren

Les Blés mouvants — 1912

Parmi les pommes d’or que frôle un vent léger Tu m’apparais là-haut, glissant de branche en branche ; Lorsque soudain l’orage accourt en avalanche Et lacère le front ramu du vieux verger. Tu fuis craintive et preste et descends de l’échelle Et t’abrites sous l’appentis dont le mur clair Devient livide et blanc aux lueurs de l’éclair Et dont sonne le toit sous l’averse et la grêle. Mais voici tout le ciel redevenu vermeil. Alors, dans l’herbe en fleur qui de nouveau t’accueille, Tu tends du bout des doigts, pour qu’il sèche au soleil, Le fruit mouillé que tu cueillis, parmi les feuilles.