Quand je pense à ce jour, où je la vis si belle

Pierre de Ronsard

Le second livre des Amours — 1556

Quand je pense à ce jour, où je la vis si belle Toute flamber d'amour, d'honneur et de vertu, Le regret, comme un trait mortellement pointu, Me traverse le coeur d'une plaie éternelle. Alors que j'espérais la bonne grace d'elle, L'Amour a mon espoir que la Mort combattu : La Mort a mon espoir d'un cercueil revêtu, Dont j'espérais la paix de ma longue querelle. Amour tu es enfant inconstant et léger. Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger, Décevant d'un chacun l'attente et le courage. Malheureux qui se fie en l'Amour et en toi : Tous deux comme la Mer vous n'avez point de foi, L'un fin, l'autre parjure, et l'autre oiseau volage.