Danse d’Orient

Marie Krysinska

Rythmes pittoresques — 1890

Les colliers de sequins Sur les seins Frissonnent et brillent comme du beau Soleil dans l’eau. Les longues pendeloques En de lascifs colloques, Vers l’oreille entrechoquent Leurs chapelets Dorés. C’est l’âpre danse Du vieil Orient Sanguinaire et sensuel. Les flancs virent mollement Et ondoient comme des vagues, Et se tordent ainsi que des serpents, Sous le charme de quelque incantation vague. Et tandis que harcelée par les miaulements Rauques de la derbouka Et stimulée Par les Nerveuses crotales, La jupe de l’almée Se gonfle d’air Comme une voile Sur la mer. Son seigneur — turbané de lin clair, La regarde au travers Des fumées bleues du narguilhé Et songe que ce soir, il pourra étancher Sa soif jalouse d’elle, en faisant couler Son joli sang rouge sur ces seins, Où frissonnent et brillent les sequins.