Les Balsamines

Émile Nelligan

Émile Nelligan et son œuvre — 1903

En un fauteuil sculpté de son salon ducal, La noble Viennoise, en gaze violette, De ses doigts ivoirins, pieusement feuillette Le vélin s’élimant d’un missel monacal. Et sa mémoire évoque, en rêve musical, Ce pauvre guitariste aux yeux où se reflète Le pur amour de l’art, qui, près de sa tablette Venait causer, humant des fleurs dans un bocal. La lampe au soir vacille et le vieux Saxe sonne ; Son livre d’heures épars, Madame qui frisonne Regagne le grand lit d’argent digne des rois. Des pleurs mouillent ses cils… Au fier blason des portes Quand l’aube eut reflambé, sur le tapis hongrois Le missel révélait des balsamines mortes…