Le Sommeil

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Les draps frais ont séché sur l’herbe pour ton corps. Une odeur de soleil, de rosée et de vent S’y mêle et s’y confond en un parfum vivant ; Respire la prairie en eux éparse encor. La chambre jusqu’au soir fut belle d’un jeu d’or Aérien, subtil, délicat et mouvant. Tu verras du soleil et des fleurs en rêvant ; Voici le crépuscule et la nuit sombre. Dors. Il fait noir. Reste ainsi, les yeux ouverts ; je sais Que près de nous, tout bas, la grande rose s’est avec douceur et tout à coup épanouie ! Tu dors. Ton souffle égal soupire entre tes dents, Et je sens palpiter la ténèbre éblouie Et l’ombre tout entière est pleine de printemps.