Oh ! Laissez-moi chanter !

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

Oh ! laissez-moi chanter ! La nature est si belle Dans sa diversité toujours jeune et nouvelle Que nul chef-d’œuvre humain ne pourrait supplanter ! De l’insecte à l’étoile, elle charme mon être ; Avec le renouveau mon cœur se sent renaître : La nature est si belle, ah ! laissez-moi chanter ! Ah ! laissez-moi songer ! La journée est si brève, Et les plus beaux instants sont les instants du rêve C’est alors que l’esprit se sent le plus léger ; C’est alors qu’affranchi de tout lien funeste, Il plane et va se perdre en l’espace céleste : La journée est si brève, ah ! laissez moi songer ! Ah ! laissez-moi pleurer ! L’existence est si dure ! De tout ce que l’on aime ici-bas, rien ne dure ! Dans l’éternelle nuit, hélas ! tout doit sombrer ; Il faut voir, dans la lutte inégale et suprême, Le trépas engloutir tous les êtres qu’on aime : L’existence est si dure, ah ! laissez-moi pleurer ! Ah ! laissez-moi prier ! l’espérance console ; Au front de la douleur elle met l’auréole Qui rend l’âme plus forte et lui fait oublier, En lui montrant le ciel, les larmes de la terre ; C’est l’étoile qui luit pour l’âme solitaire : L’espérance console, ah ! laissez-moi prier !